Déclaration collective mais anonyme, dans le hangar glacial du squat de Bel-Air, l'un des premiers à avoir été expulsé, mi-octobre. Derrière la table de presse de plein-air, les opposants à l'aéroport avaient prévu de promouvoir la manifestation de réoccupation de samedi. Malgré leurs protestations, pressés par les journalistes, ils ont dû se prononcer sur l'affaire en cours. Et sur la question de la violence.
Tous opposent des suspicions de manipulation : « On a l'habitude que la préfecture monte des faits divers en épingle pour criminaliser la lutte », ose une jeune femme. Mais des casseurs ne se seraient-ils pas glissés dans leurs rangs ? Pour Dominique Fresneau, membre de l'Acipa (collectif d'opposants), « une personne a été agressée. Il est impossible de soutenir ce genre de méthode. Mais pourquoi n'y aurait-il pas eu des infiltrations de pro-aéroports pour diaboliser l'opposition au projet ? »
De son côté, la brigade de recherche de Châteaubriant poursuit ses investigations pour retrouver les agresseurs du vigile, en arrêt de travail jusqu'à lundi. Une enquête de longue haleine, prévient Florence Lecoq, procureure de la république de Saint-Nazaire.
Optimisme
Hors micros, l'inquiétude est plus tangible. Ces derniers jours, de nouveaux militants ont rejoint ceux installés sur place depuis des années. Un occupant évalue, à la louche, que le nombre d'occupants a triplé. Ce qui porterait l'effectif à au moins 500 hommes et femmes, venus d'un peu partout, de France et d'ailleurs. Dans ces conditions, comment être sûr que personne ne se livre à un dérapage ? Aucun dispositif d'encadrement n'est pourtant prévu par la coordination.
L'optimisme prime, résolument, dans les rangs militants. Alimenté par la méthode Coué ? Sans doute, mais aussi par le fait qu'incontestablement, le mouvement prend de l'ampleur. Et qu'il résonne enfin dans les médias nationaux. Pendant des jours, la lutte bocagère n'avait pas passionné grand monde. Pas même pendant la présidentielle. Hier, à la conférence de presse, micros et caméras se disputaient l'espace. Et des VIP politiques s'annoncent dès vendredi (lire ci-contre)
Lieu secret
Samedi, les manifestants sont invités à se rassembler à Notre-Dame-des-Landes dès 11 h. « De ce lieu de départ, nous marcherons vers un site qui sera réoccupé. On va reconstruire des cabanes ou des bâtiments où on pourra se réunir. » Le collectif compte bien, ainsi, grâce à la dynamique de la manifestation, être en mesure de reloger les militants qui errent dans le froid et sous la pluie, depuis qu'ils ont été expulsés. Quant à savoir où sera construit cet « espace d'organisation et de lutte », mystère. « Seuls trois ou quatre d'entre nous sont au courant. On ne le saura qu'au dernier moment. »
Le rassemblement n'a pas été déclaré en préfecture. Pour l'heure, il ne peut donc être interdit. Sera-t-il toléré ? « La préfecture a dit elle-même qu'elle n'était pas en mesure de contrôler toute la Zad. Mais s'il n'y a pas de présence policière, samedi, il n'y aura pas de violence. Il faut que les forces de l'ordre se tiennent loin. On fait la fête entre nous. » Soit à au moins 10 000 personnes, espère Dominique Fresneau.
Agnès CLERMONT.
