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CitoyenNEs de l'Indre Contre le Projet de l'Ayraultport / Contact: cicpa36@voila.fr


NDDL: de la chaîne à la victoire (Reporterre du 06.06.13)

Publié par CICPA36 / CitoyeNEs de l'Indre Contre le Projet de l'Ayraultport sur 6 Juin 2013, 22:59pm

Catégories : #presse divers

C’est du journalisme lent : voici un récit du week-end de la Chaine humaine qui s’est tenu à Notre Dame des Landes dimanche 12 mai. Un tel retard atteste le caractère paisible, voire retardataire, de Reporterre... Dégustez, sur la fin du reportage, le fort riche débat qui a eu lieu à La Chateigne sur... la victoire.

C’est du journalisme lent : voici un récit du week-end de la Chaine humaine qui s’est tenu à Notre Dame des Landes dimanche 12 mai. Un tel retard atteste le caractère paisible, voire retardataire, de Reporterre... Dégustez, sur la fin du reportage, le fort riche débat qui a eu lieu à La Chateigne sur... la victoire.

Reportage, Notre Dame des Landes

Là, c’est un reportage en famille. En famille ? Interdit par les canons de la pure loi du journalisme estampillé objectif et sérieux. Et c’est donc par le train que, vendredi 10 mai, Véronique et moi allons rejoindre à Nantes notre fille Juliette, de passage en France quelques semaines entre la Creuse et la Pologne, avant qu’on retrouve ce soir, sur la Zad, Adrien venu en co-voiturage de son côté. Pour l’instant, il faut aller chercher la petite voiture de location, y coincer tente et sacs, errer dans les rues de Nantes la moderne – ah, les casemates de béton plaqué alu proclamant à la face du monde la modernité implacable de la métropole atlantique ! – jusqu’à trouver La lettre à Lulu. Dans une cour pavée verdoyante, Nicolas de La Casinière nous accueille. Il me prête son ordinateur connecté à internet pour envoyer à heure dite la splendide chronique Ecologie d’un quotidien vespéral. L’info ? L’annonce du pic du gaz de schiste. A contre-courant du discours dominant, donc vraisemblablement juste.

On déjeune avec Nicolas. Ce journaliste impénitemment libre anime l’irrégulomadaire La lettre à Lulu, qui lui coûte plus qu’elle ne lui rapporte. Mais le journal souffle un grand vent frais dans la ville qui, après trois décennie du magistère d’Ayrault, dégage l’ennui propre au croisement entre boboland et zones commerciales démesurées.

En route pour la Zad. Voie rapide Nantes-Rennes, kilomètres d’entrepôts et d’hypermarchés, verdure, puis Héric, au nord de Notre Dame des Landes. Le gros bourg est devenu un exemple d’étalement urbain. Il n’y a plus d’épicerie dans le village, et pour faire les courses, il faut aller au Super U. En sortant, on se perd dans les lotissements. Des jeunes, qui boivent une bière dans le garage d’un pavillon, nous remettent obligeamment sur la route.

Arrivée dans le bocage. Dans le village de Notre Dame des Landes, on croise l’épouse de Julien Durand, le porte-parole de l’Acipa. Elle nous dit qu’il y a de la tension depuis quelques temps, que des pro-aéroport ont peint des croix gammées sur un panneau de la Zad.

Après quelques zig-zags suivant les orientations des bénévoles de la Chaine humaine vêtus d’un gilet fluo jaune, on parvient au camping des Planchettes. Pour l’instant, il n’y a pas encore grand monde sur le parking.

NDDL: de la chaîne à la victoire (Reporterre du 06.06.13)

Les tentes commencent à se monter. Tiens, un jeune couple avec un bébé qu’on a vus dans le train, ils sont venus en vélo. On parvient à dresser la tente que nous a prêtée Nelly, près d’une haie colorée de genêts jaunes : elle ouvre sur un grand pré, sous le ciel immense où nuages et trouées de ciel bleu flirtent en cadence, délivrant une lumière vibrante et limpide. Il fait beau, le soleil brille quand les cumulus s’enfuient, le vent souffle.

On part reconnaître les lieux, direction les Fosses noires. Juste avant, un champ maraîcher barré d’une ficelle, lieu de « Rouge et Noire », où est aussi inscrit « Notre Dame des Cacahuètes ». Un panonceau explique la démarche :

« Petit collectif avec l’envie commune de se nourrir de manière autonome, nous avons choisi de cultiver un champ situé sur la piste sud de l’aéroport, car on voit l’occupation maraîchère comme outil pour la défense des terres agricoles et contre le bétonnage, parce que se nourrir collectivement et lutter pour l’autonomie alimentaire fait partie de notre rupture avec le système capitaliste.

Nous voulons faire du maraîchage pour la ZAD, offrir nos légumes à prix libre, fonctionner autant que possible sans argent, favoriser l’aide mutuelle et le partage des savoirs… Et même si demain les gendarmes déferlent sur la zone et détruisent nos terres, c’est vital pour nous de l’avoir fait. »

Aux Fosses noires règne l’agitation des grands jours. On retrouve E., qui a décidé d’aller s’installer près de Tarbes avec ses chevaux, elle y a trouvé douze hectares, alors que depuis dix ans à Notre Dame des Landes, elle ne parvenait pas à trouver de terre. Il y a du mouvement, des têtes connues qui passent et discutent, des jeunes gens qui regardent les filles, « Bob » et d’autres qui apportent des jus de fruits… Comme dit Juliette, « Ici, il y a des vies qui se croisent ».

Paul et Elisabeth nous offrent le thé chez eux. Ils nous parlent de ce qui se passe, de la difficulté pour des jeunes inexpérimentés de faire pousser des légumes, des logiques claniques qui s’expriment sur la Zad, des spécistes, féministes et insurrectionnistes – tiens, un nouveau mot -, des tarnaqueux – par référence à Tarnac et au livre L’insurrection qui vient, du bon pain que fait Damien le boulanger, du facteur qui ne délivre toujours pas le courrier – il faut aller le chercher à Notre Dame des Landes. Mais l’heure tourne, et Adrien va arriver.

On salue les amis et on repart vers les Planchettes, où l’on trouve Adrien. Son co-voiturage allait jusqu’à Ancenis, et là, il a trouvé une voiture qui venait ici. Ses amis de Bayonne sont arrivés par ailleurs, leurs tentes ne sont pas loin, on va partager le diner : salades, pain, fromage, patés végétaux et charcutiers. Camille est « vegan ». Elle raconte qu’elle avait travaillé un mois chez McDonald’s, le patron lui disait de changer l’étiquette de date de préemption des salades en sachet. Elle nous montre le drapeau pour la libération animale.

NDDL: de la chaîne à la victoire (Reporterre du 06.06.13)

Sylvie est d’Attac – et de toutes les manifestations. Elle raconte Copenhague en 2009, le Forum mondial de l’eau qui a eu lieu à Marseille, un festival des multinationales de l’eau financé sur fonds publics. Un joint circule, très léger. Juliette me dit qu’au Sénégal, l’herbe est très douce, pas comme les herbes qui poussent sous serre aux Pays-Bas, et qui sont forcées en THC.

Et le soir ? Ben, il y a des concerts, sur un vaste pré à côté du camping. Il est grand : il y a quatre scènes, dont une sous chapiteau, trois grandes buvettes tenues par des bénévoles, deux ou trois caravanes vendant des sandwiches, des merguez et des crêpes. Quelques milliers de gens sont là, c’est tranquille. On va écouter ZEP (zone d’expression populaire), une espèce de rap-rock qui dégage une bonne énergie. Entre deux chansons, le chanteur explique que le groupe est poursuivi en justice par un groupe d’extrême-droite pour avoir dénoncé la « France raciste, capitaliste, impérialiste, colonialiste ». Alors, « achetez des babioles sur le stand, c’est pas pour nous, c’est pour payer les frais d’avocat ». Plus tard, il évoque la lutte de la Zad, celle de la Palestine, et celle des Indiens qui occupent le barrage de Belo Monte, au Brésil. Le groupe finit par une chanson qui raconte l’histoire d’un jeune de quartier, comme on dit, qui se plaint à sa mère de toutes ses galères, et sa mère qui lui répète, « il y a des gens plus malheureux que toi sur terre ».

Tiens, voilà une amie journaliste, elle est venue elle aussi en famille. « Tu viens en reportage ? – Non, en soutien, pour participer à la Chaine humaine ». Où allons-nous, si les journalistes se placent du côté du peuple ? Ils dorment dans la voiture, un grand et vieux break, sur le camping.

Plus loin, sous le chapiteau, il y a un groupe habillé en noir. Problème, une corde de guitare est cassée, il faut attendre, le chanteur à chapeau essaye de meubler, « Vous avez des blagues à raconter ? ». Une fille arrive, en raconte une assez vulgaire – un jeu de mots sur « con plisse », complice, et couilles fripées, je vous l’épargne. Voilà Eric Petetin qui débarque, vêtu d’un pancho, allumé, il parle de la « zone d’anarchie délirante ». Je vais le voir après, il me dit qu’il est en ce moment à l’Isoète, « où il y a des éco-warriors géniaux ». Il veut y installer une chapelle, l’esprit parle à cet endroit, entre deux arbres.

La nuit est bien tombée. Un skin ventru, à la crête dressée, titube un peu, ivre. Plus loin, au milieu d’un cercle formé par des panneaux de dessins contre l’aéroport, des jongleurs de feu embrasent la nuit.

Voici le groupe HK, une bonne pêche, tout le monde s’agite. Le tube, c’est « Niquons la planète » : des hommes d’affaires, à cigares, qui y vont franchement :

« Niquons la planète,
faisons l’amour à la Terre,
des tonnes de pétrole dans la mer,
une apocalypse nucléaire,
et du phosphore dans les rivières,
de la dioxine dans le désert,
des piscines en plein désert,
cinquante degrés en plein hiver,
et tant pis pour l’ours polaire,
un ours à quoi ça sert,
niquons la planète,
niquons la planète,
niquons la planète,
de
toute façon, on va tous crever,
niquons la planète. »

Le chanteur fait reprendre en cœur : « Niquons la planète ». Tout le monde y va de bon cœur. Il se marre : « faire chanter ‘niquons la planète’ à des écolos, bravo les gars ! ».

C’est la nuit noire. Un gars nous tombe dessus d’un rire tonitruant : « Aaaaaah ! » C’est Skippy, barbu, chevelu, dans un grand ciré jaune, en pleine forme. Il nous claque la bise. Il est bourré et ponctue ses discours d’éclats de rire explosifs. Il a son carnet de dessins avec lui et une ceinture de crayons de couleur sur la poitrine, comme une cartouchière. Dans l’obscurité, il tombe sur une fille avec un chien, et entreprend de la dessiner, en lui montrant le résultat. On chemine vers la buvette. Skippy vient souvent ici, avec ses copains de Rouen. « Les gens n’ont pas peur de leur voisin… Jamais vu d’espace libre aussi vaste qu’ici, où tu marches quarante minutes pour aller quelque part, c’est à échelle humaine… de l’irréversible, des gens qui ont tout plaqué pour venir… combattants de la terre… c’est sauvage comme expérience, primaire, ça te prend au… après, il y a l’alcool, le shit… ». On est à la buvette, il est imaginable que quelques verres aient été bus, un jeune gars me parle de semences, de carottes, de plantations, il a travaillé chez un jardinier,…

Sous le chapiteau, commence le concert de Burning Heads. Quatre types dégingandés en tee-shirt, un batteur torse nu tatoué, trois guitares ou basses, ils ont une énergie incroyable, le son fait penser aux Clash, le chanteur se donne à fond, veines du cou saillantes, le guitariste saute en l’air, ils ont à peine fini un morceau qu’ils repartent à fond la caisse, comme si leur vie était en jeu, ça déménage, c’est monstrueux.

Toujours est-il que l’heure de dormir arriva…

Et que le jour se leva sur le samedi 11 mai. Il y a des toilettes sèches, au camping, c’est bien plus sain que des toilettes à l’eau. Sur une des portes, les Bayonnais ont posé une grande affiche annonçant Alternatiba. Un point d’eau, derrière. On va petit déjeuner sur le pré des concerts, où des bénévoles servent thé et café, à 1 euro, aux campeurs.

NDDL: de la chaîne à la victoire (Reporterre du 06.06.13)

Le ciel est gris, humide. On discute avec Claire, de radio, de rivières, de spiritualité, comme un matin, en désordre et par bribes inabouties. Elle explique le lien entre la culture du maïs et les barrages...........

La suite du reportage sur le lien

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